Gustave Doré

Gustave Doré
"Personne ne parle le francophone, ni n'écrit en francophone. La francophonie est de la lumière d'étoile morte. Comment le monde pourrait-il se sentir concerné par la langue d'un pays virtuel ?" Manifeste pour une littérature-monde, 2007

viernes, 31 de agosto de 2012

Les "enfants terribles" du surréalisme européen, 1930


De gauche a droite:Tristan Tzara, Paul Eluard, André Breton, Hans Arp, Salvador Dalí, Yves Tanguy, Max Ernst, René Crevel et Man Ray.

"I see a rhinoceros!", Minuit a Paris, Woody Allen, 2011.

http://www.youtube.com/watch?v=4BEf2nRwKX8

Rinoceronte con puntillas. DALI


Un chien andalou. BUÑUEL.

MAN RAY



miércoles, 15 de agosto de 2012

MANIFESTES DU SURRÉALISME, André Breton

Premier manifeste (1924)

Ce document était à l'origine conçu comme une préface à Poisson soluble qui sera publié la même année. Dans son étude, Élisabeth Kennel-Renaud compte 9 éléments.
  • Hommage à l'imagination
  • Appel à l'émerveillement
  • Foi en la résolution du conflit entre rêve et réalité
  • Principe de l'écriture automatique
  • Définition du surréalisme
  • Images surréalistes
  • Collages de fragments de phrases
  • Attitude non-conformiste
Breton définit le surréalisme: «Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale».

Second manifeste du surréalisme (1930)

Dans son étude, Élisabeth Kennel-Renaud compte 8 éléments.
  • Caractère factice des vieilles antinomies
  • Le surréalisme ne se réclame d'aucune morale
  • Critique de certains surréalistes
  • Rappel des fondements
  • Appel à l'implication sociale
  • Mise en garde contre l'endoctrinement politique
  • Attirance pour l'ésotérisme
  • Refus du succès mercantile


MANIFESTES DU SURREALISME


                        " Le surréalisme ne se veut pas une nouvelle école artistique mais
                             un moyen de connaissances jusqu'alors inexplorées : le rêve,
                            l'inconscient, la folie, les états hallucinatoires...
                            tout ce qui ne relève pas de la logique. " Philippe Nadeau
Remarque : nous ne donnons que les grandes lignes des deux manifestes de Breton, références nécessaires pour apprendre à reconnaître les caractéristiques de l'écriture surréaliste.

Premier manifeste du surréalisme
    Breton rend d'abord hommage à l'imagination, encouragée chez les enfants mais proscrite chez les adultes. il déplore qu"elle soit contrainte, limitée par les besoins impérieux de la nécessité matérielle, de la morale et de l'ordre social. pour Breton, " la plus grande liberté d'esprit nous est laissée"  et il ne faut pas " réduire l'imagination à l'esclavage", car elle rend compte " de ce qui peut être."
    Breton fait
le procès du "roman réaliste" qui cultive le goût du détail " chacun y va de sa petite observation" et qui se complaît dans des descriptions " rien n'est plus comparable au néant que celle-ci" et de reprendre cet exemple de Paul Valéry qui refusait d'écrire " la marquise sortit à cinq heures"
   
Il refuse l'analyse psychologique et la logique des sentiments " simple partie d'échecs dont je me désintéresse". Il faut au contraire réhabiliter en littérature le merveilleux car " le merveilleux est toujours beau [...] il n'y a que le merveilleux qui soit beau."
    Lecteur de Freud (
le rêve et son interprétation, 1900), Breton considère le rêve comme le lieu privilégié de la vie psychique  inconsciente et on ne peut pas nier son importance. Rêve et réalité sont deux instances complémentaires " Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, la surréalité [...] c'est à sa conquête que je vais."
   
Il revendique la liberté de l'homme et de  toutes choses " l'homme propose et dispose : il ne tient qu'à lui de s'appartenir tout entier, c'est-à-dire de maintenir à l'état anarchique la bande chaque jour plus redoutable de ses désirs."
    Il raconte que c'est fortuitement qu'il a découvert un nouveau mode d'expression. Dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil, une phase en apparence énigmatique et à laquelle généralement on ne prête guère attention, une phrase, sortie de nulle part s'imposa à lui : " Il y a un homme coupé en deux par la fenêtre." le principe de l'écriture automatique, sans contrôle de la raison venait de naître.
    Breton donne
la définition du surréalisme.
    Dés lors, les écrivains seront "les sourds réceptacles des échos" de l'inconscient, "des appareils enregistreurs"; il donne une sorte de " mode d'emploi" pour écrire automatiquement et il reproduit un exemple de conversation surréaliste, qui est en fait constituée de deux soliloques, chacun des deux interlocuteurs ne cherchant pas "à en imposer le moins du monde à son voisin."
        " Quel âge avez-vous ?
            - Vous"
        " Comment vous appelez-vous ?
          - Quarante-cinq maisons."
    Les images surréalistes " s'offrent à lui, spontanément, despotiquement. il ne peut les congédier ; car la volonté n'a plus de force et ne gouverne plus les facultés" et il donne des exemples de phrases de Reverdy qui ne peuvent résulter "du moindre degré de préméditation" : " Dans le ruisseau il y a une chanson qui coule / le jour s'est déplié comme une nappe blanche / Le monde rentre dans un sac."
    Les collages sont un moyen surréaliste particulièrement intéressant, ils permettent " d'obtenir ,de certaines associations , la soudaineté désirable"et Breton précise qu' " il est permis d'appeler poème ce qu'on obtient par l'assemblage aussi gratuit que possible ( observons si vous voulez la syntaxe), de titres et des fragments de titres découpés dans les journaux"
    exemple :
Les plus belles pailles
                   
ONT LE TEINT FANE
                        SOUS LES VERROUS

    Le surréalisme se veut profondément " non-conformiste" et Breton pense qu'il faudra trouver encore et exploiter d'autres moyens d'expression.



    Second manifeste
   Tout d'abord Breton rappelle les grands " principes" du surréalisme : " faire reconnaître le caractère factice des vieilles antinomies. [ car] Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas, cessent d'être perçus contradictoirement. Or c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point."    Le surréalisme ne se réclame d'aucune morale et il a pour seul désir de " passer outre à l'insuffisante, à l'absurde distinction du beau et du laid, du vrai et du faux, du bien et du mal. " Et Breton ajoute, non sans provocation : " L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tout ce qu'on peut dans la foule."
    Breton interrompt le rappel des caractéristiques surréalistes pour se livrer à un véritable réquisitoire contre ceux qui par leurs attitudes se désolidarisent du mouvement et de ses objectifs ( Artaud, Vibrac, Soupault...)
      Il revient aux fondements mêmes du surréalisme :" rappelons que l'idée du surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force psychique par un moyen qui n'est autre que la descente vertigineuse en nous [ ...] la promenade perpétuelle en zone interdite."
    Il précise que le mouvement surréaliste ne doit pas se contenter de l'expression poétique mais qu'il doit avoir une dimension sociale.
Le surréalisme n'est pas un idéalisme, il doit rendre compte des préoccupations sociales et politiques et y participer : " C'est au nom de la reconnaissance impérieuse de cette nécessité que j'estime que nous ne pouvons pas éviter de nous poser la question du régime social sous lequel nous vivons.
    Pour autant,
Breton distingue les prises de position de l'homme et l'art de l'écrivain et il refuse de mettre la littérature au service des engagements politiques. La littérature surréaliste ne doit pas rejoindre la littérature dite " prolétarienne" : " Je ne crois pas à la possibilité d'existence actuelle d'une littérature ou d'un art exprimant les aspirations de la classe ouvrière." De fait, pour qui revendique la plus grande liberté dans l'art, il serait contradictoire de contraindre sa création dans les limites thématiques des revendications sociales, aussi fondées soient-elles.
    Breton explique son
attirance pour l'ésotérisme. Il fait longuement référence à Nicolas Flamel et à sa quête de la"pierre philosophale" qui, pour Breton, "n'est rien d'autre que ce qui devrait permettre à l'imagination de l'homme de prendre sur toutes choses une revanche éclatante."
    Comme le préconisait déjà Rimbaud, à qui il rend hommage, le surréaliste doit " tenter d'affranchir l'imagination par "le long, immense, raisonné dérèglement de tous les sens" et les reste.
    Enfin, Breton,
n'accepte aucune compromission avec les considérations mercantiles du succès, il dénonce ceux qui ne cessent de " s'exhiber complaisamment et de se produire sur les tréteaux"  et il va même jusqu'à donner une vision élitiste du surréalisme " l'approbation du public est à fuir par-dessus tout. Il faut absolument empêcher le public d'entrer si l'on veut éviter la confusion."











martes, 14 de agosto de 2012

DADA ET SURREALISME

Surréalisme

Le Surréalisme est un mouvement littéraire et culturel de la première moitié du xxe siècle, comprenant l’ensemble des procédés de création et d’expression utilisant toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues. André Breton le définit dans le premier Manifeste du Surréalisme comme un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale [...] Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. »

Origine et histoire du mouvement

Dans le courant du xixe siècle, le « super naturalisme » de Gérard de Nerval, le « surnaturalisme » d'Emmanuel Swedenborg et aussi le symbolisme de Charles Baudelaire et de Stéphane Mallarmé et, enfin surtout, le romantisme allemand de Jean Paul (dont les rêves annoncent l'écriture automatique) et d'Hoffmann peuvent être considérés comme des mouvements précurseurs du surréalisme. Plus sûrement, les œuvres littéraires d'Alfred Jarry, d'Arthur Rimbaud et de Lautréamont, et picturales de Gustave Moreau et Odilon Redon sont les sources séminales dans lesquelles puiseront les premiers surréalistes (Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard, Philippe Soupault, Pierre Reverdy). Quant aux premières œuvres plastiques, elles poursuivent les inventions du cubisme. 
Cette aventure (« une attitude inexorable de sédition et de défi ») passe par l'appropriation de la pensée du poète Arthur Rimbaud (« changer la vie »), de celle du philosophe Karl Marx (« transformer le monde ») et des recherches de Sigmund Freud: Breton s'est passionné pour les idées de Freud qu'il a découvertes dans les ouvrages des Français Emmanuel Régis et Angelo Hesnard en 1917. Il en a retiré la conviction du lien profond unissant le monde réel et le monde sensible des rêves, et d'une forme de continuité entre l'état de veille et l'état de sommeil (voir en particulier l'écriture automatique). Dans l'esprit de Breton, l'analogie entre le rêveur et le poète, présente chez Baudelaire, est dépassée. Il considère le surréalisme comme une recherche de l'union du réel et l'imaginaire : « Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue. »
Mais le surréalisme est surtout issu du dadaïsme, un mouvement créé en 1916 par des écrivains et artistes réunis autour de Tristan Tzara. En réaction à l'horreur et à l'absurdité de la Première Guerre Mondiale, Dada veut rompre totalement avec les valeurs morales et les codes « bourgeois » de l'époque, c'est un mouvement de remise en question radicale du monde tel qu'il est, contre l'ordre établi et le langage trop correct. Le mot « dada » est d'ailleurs un mot choisi au hasard dans le dictionnaire. Mais Dada, trop destructeur n'a existé que peu de temps, et en 1924 naît le surréalisme avec la publication du premier "Manifeste du surréalisme" d'André Breton. En 1966, la mort du poète et chef de file va entraîner la fin du surréalisme; trois ans plus tard, Jean Schuster signa officiellement, dans le quotidien le Monde, l’acte de décès du mouvement. Le groupe n'est certes plus, mais « l'idée » surréaliste perdure aujourd'hui encore. »

Origine du mot

Le poète Arthur Rimbaud (1854-1891) voulait être un visionnaire, se mettre en état de percevoir la face cachée des choses, une autre réalité. C'est en poursuivant les tentatives de Rimbaud que Guillaume Apollinaire (1880-1918) part à la recherche de cette réalité invisible et mystérieuse.
C'est dans une lettre de Guillaume Apollinaire à Paul Dermée, de mars 1917, qu'apparaît pour la première fois le substantif « surréalisme » : « Tout bien examiné, je crois en effet qu'il vaut mieux adopter surréalisme que surnaturalisme que j'avais d'abord employé. Surréalisme n'existe pas encore dans les dictionnaires, et il sera plus commode à manier que surnaturalisme déjà employé par MM. les Philosophes. »
En mai 1917, dans une chronique consacrée au ballet « Parade », Apollinaire, admiratif des décors créés par Picasso, évoque « [...] une sorte de sur-réalisme où [il] voit le point de départ d'une série de manifestations de cet esprit nouveau qui [...] se promet de modifier de fond en comble les arts et les mœurs [...] Cette tâche surréaliste que Picasso a accomplie en peinture, [...] je m'efforce de l'accomplir dans les lettres et dans les âmes [...] »
Pour Jean-Paul Clébert, c'est le poète Pierre Albert-Birot qui suggéra à Apollinaire de sous-titrer sa pièce « Les Mamelles de Tirésias », "drame surréaliste" plutôt que "surnaturaliste".
Ce mot apparaît dès le 16 juin 1917 dans une lettre de Jacques Vaché à Théodore Fraenkel : « … et j'espère être à Paris […] pour la représentation surréaliste de Guillaume Apollinaire. »

André Breton

Le poète et écrivain français André Breton (1896-1966) fut le principal fondateur du surréalisme, le seul artiste à avoir appartenu au mouvement depuis son origine et jusqu'à sa mort. En 1924, c'est lui qui pour la première fois décrit le surréalisme dans le premier Manifeste, puis, la même année, il contribue à la création du Bureau de la recherche surréaliste. Louis Aragon, Robert Desnos, Paul Eluard, René Magritte, Philippe Soupault, Marcel Duchamp, Salvador Dali et Jacques Prévert sont quelques-uns des plus connus de ses camarades écrivains, poètes, peintres, artistes en somme. Nombre d'entre eux vont également adhérer au Parti Communiste français pour soutenir leurs idées de révolution sociale: Breton rejoint le parti en 1927 et en est expulsé en 1933.



Une aventure internationale

Le surréalisme connaît une fortune particulière dans la littérature francophone belge. Paul Nougé, dont la poésie présente un aspect ludique très marqué, fonde en 1924 un centre surréaliste à Bruxelles avec les poètes Camille Goemans, Marcel Lecomte… Un autre groupe important, « Rupture », se crée en 1932, à La Louvière, autour de la personnalité d'Achille Chavée.
Le surréalisme belge prend ses distances à l'égard de l'écriture automatique et de l'engagement politique du groupe parisien. L'écrivain et collagiste E. L. T. Mesens fut l'ami de René Magritte, les poètes Paul Colinet, Louis Scutenaire et André Souris et plus tard Marcel Mariën appartiennent également à ce courant.



La francophonie d'outre-mer trouvera notamment en Jean Venturini, poète franco-marocain révolté et rimbaldien, un porte-parole original et indépendant, mort trop tôt pour donner sa pleine mesure, et auquel le poète Max-Pol Fouchet rendra un hommage fort.
Le surréalisme exercera une action stimulante sur le développement de la poésie espagnole, mais à la fin des années 1920 seulement et en dépit de la méfiance suscitée par l'irrationalisme inhérent à la notion d'écriture automatique. Ramón Gómez de la Serna définit ses rapprochements insolites, « greguerías », comme « humour + métaphore ». Le courant « ultraïste » déterminera un changement de ton chez les poètes de la « Génération de 27 », Federico García Lorca, Rafael Alberti, Vicente Aleixandre et Luis Cernuda.
Les principes surréalistes se retrouvent en Scandinavie et en URSS. Le « poétisme » tchèque peut être considéré comme une première phase du surréalisme. Il s'affirme dès 1924 avec un manifeste publié par Karel Teige, qui conçoit la poésie comme une création intégrale, donnant libre cours à l'imagination et au sens ludique. Ses représentants les plus éminents furent Jaroslav Seifert et surtout Vítězslav Nezval, dont Soupault souligna l'audace des images et symboles. Le mouvement surréaliste yougoslave entretient d'étroits contacts avec le courant français grâce à Marko Ristić.
En dépit d'une perte de prestige à partir de 1940, le surréalisme a existé comme groupe jusqu'aux années 1960, en se renouvelant au fur et à mesure des départs et des exclusions.
Le surréalisme fut également revendiqué comme source d'inspiration par l'Alternative orange, un groupe artistique d'opposition polonais, dont le fondateur, le Major (Commandant) Waldemar Fydrych, avait proclamé Le Manifeste du Surréalisme Socialiste. Ce groupe, qui organisait des happenings, peignait des graffiti absurdes en forme de lutins sur les murs des villes et était un des éléments les plus pittoresques de l’opposition polonaise au communisme, utilisait largement l’esthétique surréaliste dans sa terminologie et dans la place donnée à l’acte spontané.
Parmi les grands noms du surréalisme japonais, nous trouvons entre autres Harue Koga (1895 - 1933), Ichirô Fukuzawa (1898 - 1992), Noboru Kitawaki (1901 - 1951)... Parmi les poètes peuvent être cités Katsue Kitazono, Masato Tomobe, Kazuki Tomokawa... Quant aux romanciers, les œuvres les plus marquantes nous ont été laissées par Kôbô Abe. Concernant les mangas, une brèche fut ouverte à la possibilité d'emploi de tournures surréalistes avec l'œuvre Nejishiki(ねじ式) de Yoshiharu Tsuge (publiée dans le numéro de juin du magazine Garo en 1968), 



puis le secteur put obtenir un appui écrasant de la génération du Zenkyôtô (équivalent de Mai 68) sous l'influence considérable d'artistes et de nombreux intellectuels non initiés à ce type d'œuvre. Le surréalisme japonais ne s'inscrit pas dans la continuité du dadaïsme. Au Japon, la quasi-totalité des écrivains appartenant au mouvement dadaïste (groupe d'écrivains faisant partie du MAVO) ne sont pas devenus surréalistes, et inversement, la plupart des surréalistes japonais n'œuvrent pas en tant que dadaïstes.
Il appartenait à l'écrivain majeur de la Bolivie au xxe siècle, Jaime Sáenz, de porter le flambeau du surréalisme en Amérique latine, plus d'ailleurs en héritier libre et indépendant qu'en sectateur fanatique.

Les techniques d'écriture surréalistes

Les surréalistes cherchent à libérer l'inconscient. Pour ce faire, ils utilisent les diverses techniques ci-dessous.
L'écriture automatique est un mode d'écriture cherchant à échapper aux contraintes de la logique, elle laisse s'exprimer la voix intérieure inconsciente, dévie l'inconscient de la pensée. Il s'agit d'écrire ce qui vient à l'esprit, sans se préoccuper du sens. Par l'écriture automatique, les surréalistes ont voulu donner une voix aux désirs profonds, refoulés par la société. L'objet surréaliste ainsi obtenu a d'abord pour effet de déconcerter l'esprit, donc de « le mettre en son tort ». Peut se produire alors la résurgence des forces profondes: l'esprit « revit avec exaltation la meilleure part de son enfance ». On saisit de tout son être la liaison qui unit les objets les plus opposés, l'image surréaliste authentiquement est un symbole. Approfondissant la pensée de Baudelaire, André Breton compare, dans Arcane 17, la démarche du surréalisme et celle de l'ésotérisme : elle offre « l'immense intérêt de maintenir à l'état dynamique le système de comparaison, ce champ illimité, dont dispose l'homme, qui lui livre les rapports susceptibles de relier les objets en apparence les plus éloignés et lui découvre partiellement le symbolisme universel. »
Les récits et les analyses de rêves consistent à décrire ses rêves et à trouver le « fil conducteur » qui les relient à la réalité.
Des jeux d'écriture collectifs faisant intervenir le hasard sont également pratiqués ; le cadavre exquis en est un. Dans ce jeu, tous les participants écrivent tour à tour une partie de phrase sur une feuille sans connaître ce que les personnes précédentes ont marqué. L'ordre syntaxique nom-adjectif-verbe-COD-adjectif doit être respecté : on obtient ainsi une phrase grammaticalement correcte. Le nom de « cadavre exquis » vient de la première phrase obtenue de cette manière : « Le cadavre – exquis – boira – le vin – nouveau ».
Enfin, pendant les séances de sommeil hypnotique, les participants notent leurs délires et hallucinations parfois provoqués par prise de drogues ou d'alcool.

Changer l'homme

Le mouvement Dada était antibourgeois, antinationaliste et provocateur. Les surréalistes continuèrent sur cette lancée subversive. « Nous n'acceptons pas les lois de l'Économie ou de l'Échange, nous n'acceptons pas l'esclavage du Travail, et dans un domaine encore plus large nous nous déclarons en insurrection contre l'Histoire. » (tract La Révolution d'abord et toujours). Ces principes débouchent sur l'engagement politique : certains écrivains surréalistes adhèrent, temporairement, au Parti communiste français .
Aucun parti cependant ne répondait exactement aux aspirations des surréalistes, ce qui fut à l'origine de tensions avec le Parti communiste français. André Breton n'a pas de mots assez forts pour flétrir « l'ignoble mot d'engagement qui sue une servilité dont la poésie et l'art ont horreur. » Dès 1930, pourtant, Louis Aragon acceptait de soumettre son activité littéraire « à la discipline et au contrôle du parti communiste ». La guerre fit que Tristan Tzara et Paul Eluard le suivirent dans cette voie. Condamnation de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, du militarisme, de l'oppression coloniale, des prêtres pour leur œuvre qu'ils jugent obscurantiste, et bientôt du nazisme, volonté d'une révolution sociale ; et plus tard, enfin, dénonciation du totalitarisme de l'Union Soviétique, tels sont les thèmes d'une lutte que, de la guerre du Maroc à la guerre d'Algérie, les surréalistes ont menée inlassablement. Ils ont tenté la synthèse du matérialisme historique et de l'occultisme, en se situant au carrefour de l'anarchisme, et du marxisme, fermement opposés à tous les fascismes et aux religions.

En conclusion

« Surréalisme : le mot est désormais dit comme victime de sa fausse popularité : on n'hésite pas à qualifier de surréaliste le premier fait un peu bizarre ou inhabituel, sans davantage se soucier de rigueur. Le surréalisme [...] est pourtant exemplaire par sa cohérence et la constance de ses exigences. »

Bibliographie

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José Pierre, L'Univers surréaliste, Paris, Somogy, 1983, (ISBN 978-2-85056-172-6), pour ses très nombreuses reproductions.
Michel Poivert, L'Image au service de la révolution : photographie, surréalisme, politique, Paris, Le Point du jour, 2006.
Jean-Luc Rispail, Les Surréalistes. Une génération entre le rêve et l'action, Paris, Découvertes Gallimard, 1991.
André Thirion, Révolutionnaires sans révolution, Paris, Le Pré aux Clercs, 1972, rééd. Arles, Babel, Actes Sud, 1999.
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Nathalie Piégay-Gros. Le Surréalisme. Nouvelle revue pédagogique lycée, Septembre 2005, N°016, p.10 à 45.
Geneviève Winter. 100 fiches sur les mouvements littéraires, 2010, éditions BREAL.
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Robert Desnos. Corps et biens, Poésie Gallimard, 1968.
Paul Eluard. Capitale de la douleur. Barcelone, Folio Plus Classiques.
Michel Mulat. Surréalisme. PEMF, 2003.
Pierre Vilar. Surréalisme. Encyclopaedia Universalis. http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/surrealisme/  
Centre Pompidou. L’art surréaliste. Direction de l'action éducative et des publics. http://www.cnac-gp.fr/education/ressources/ENS-surrealisme/ENS-surrealisme  .
BNF, Sartre, Éditions multimédias. http://expositions.bnf.fr/Sartre/arret/ind_img.htm  .

viernes, 27 de julio de 2012

Le Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse). Les chants de Maldoror.


Lautréamont et Maldoror
Fichier:Lautréamont.jpg

Isidore Lucien Ducasse, né à Montevideo (Uruguay), le 4 avril 1846, et mort dans le 9e arrondissement de Paris, le 24 novembre 1870, est un poète français. Il est également connu sous le pseudonyme de comte de Lautréamont, qu’il emprunta très probablement au Latréaumont d’Eugène Sue1 et qu'il n'utilisa pourtant qu'une seule fois.
Il est l'auteur des Chants de Maldoror, de deux fascicules, Poésies I et Poésies II, ainsi que d'une correspondance habituellement publiée sous le titre de Lettres, en appendice des œuvres précédentes.
Son œuvre compte parmi les plus fascinantes du XIXe siècle, d'autant plus que l'on sait très peu de choses sur leur auteur, mort très jeune à vingt-quatre ans.
La vie d’Isidore Ducasse, auteur dont le succès fut posthume, reste relativement mal connue, par manque de sources.
Fils de François Ducasse, commis-chancelier au Consulat général de France à Montevideo, et de Jacquette Célestine Davezac, qui décéde le 9 décembre 1847 dans des circonstances mystérieuses (elle se serait suicidée), Isidore Ducasse passe son enfance en Uruguay. En octobre 1859, il entre comme interne au lycée impérial de Tarbes. On perd sa trace entre août 1862 et octobre 1863, période durant laquelle il suit les cours de l’établissement qui deviendra le lycée Louis-Barthou à Pau, « où il est un élève des plus ternes ». À cette époque, son tuteur est un avoué tarbais, Jean Dazet. En août 1865, il obtient son baccalauréat ès lettres avec la mention « passable ».
Après un voyage en Uruguay en 1867, il arrive à Paris et s’installe à l’hôtel L’Union des Nations, rue Notre-Dame-des-Victoires. Il entame des études supérieures dont la nature reste inconnue (concours d’entrée à l’École polytechnique, a-t-on souvent écrit). Il publie à compte d’auteur et anonymement le premier des Chants de Maldoror en 1868 (l’œuvre complète sera imprimée en Belgique un an plus tard, signée « Comte de Lautréamont »). En 1870, il habite rue Vivienne et, reprenant son nom d'État-civil, publie deux fascicules intitulés Poésies dont une publicité paraîtra dans la Revue populaire de Paris.
Le 24 novembre 1870, alors que le Second Empire s’effondre, il meurt à son domicile au 7 rue Faubourg-Montmartre. Sur son acte de décès, est écrit : « Sans autres renseignements ». Selon certaines sources, il serait mort phtisique.

Les Chants de Maldoror sont un ouvrage en prose, composé de six parties (« chants ») et publié en 1869 par Isidore Ducasse sous le pseudonyme de Comte de Lautréamont. Le livre ne raconte pas une histoire unique et cohérente, mais est constitué d'une suite d'épisodes dont le fil conducteur est la présence de Maldoror, personnage maléfique doué de pouvoirs surnaturels.

Le premier des Chants de Maldoror a été publié à compte d'auteur en 1868, et l'œuvre complète a été imprimée en Belgique un an plus tard, pour le compte de l'éditeur Albert Lacroix, qui refuse de mettre l'ouvrage en vente, par crainte de poursuites judiciaires.

Les Chants de Maldoror ont connu un succès tardif. En 1874, les exemplaires de l'édition originale des Chants sont rachetés par le libraire-éditeur tarbais J.-B. Rozez, installé en Belgique. En 1885, Max Waller, directeur de la Jeune Belgique, en publie un extrait et les fait découvrir. Isidore Ducasse publie seulement deux autres ouvrages par la suite, Poésies I et Poésies II.

Interprétation
Maldoror incarne la révolte adolescente et la victoire de l'imaginaire sur le réel. Il est difficile de ne pas être pris de vertige à la lecture des Chants, dans ce monde en perpétuelle mouvance. On ne peut en dissocier le fond et la forme, le récit et le style, et certaines pages font penser aux toiles les plus hallucinantes de Jérôme Bosch et à Arcimboldo : en effet Maldoror (ou plutôt Lautréamont) se compare à une bûche pourrie, il substitue ses divers organes à des animaux; ainsi sa "verge" est substituée par une vipère, sur sa nuque pousse un large "champignon aux pédoncules ombilifères", etc... Mais la révolte est dérisoire et Lautréamont use aussi de tous les procédés de distanciation pour se nier lui-même. Une veine bouffonne, qui contraste avec le « soleil noir » du satanisme apparent, traverse l'œuvre : parodie du naturalisme ou du romantisme le plus échevelé, lieux communs, apostrophes moqueuses au lecteur, ironie sarcastique... Toutes les formes d'humour sont réunies et marquent le mépris de l'auteur pour ce qu'il raconte. Capable des plus beaux poèmes, il en ricane et force le lecteur à en rire avec lui. C'est l'adolescent qui prend une revanche sur la misère humaine du siècle, en devenant le héros d'un conte où s'effacent les barrières qui emprisonnent l'homme. Dans le jeu, tout est permis: ardente ferveur, joyeuse férocité et métamorphose. 

Par ailleurs l'assimilation et les références à des poèmes, des œuvres et des thèmes dont celui du roi déchu, le "Lion devenu vieux" de la fontaine, dans l'épisode qui amène Dieu saoul parmi les hommes (le chant 3), des découpages de textes d'œuvres encyclopédiques dont le célébrissime parapluie sur une table de dissection, de parodies d'œuvres de Victor Hugo et des romantiques (chant1), de Goethe, de Sophocle et Euripide (Poésie 1 et 2) etc... mènent à un monstre textuel animal, voir à un "vampire" qui tire sa force d'autre textes. Le texte de Lautréamont devient alors le lieu de résonance, de métaphores filées, qui de par un manque de cohérence apparente (en effet les chants ne sont liés ni par chronologie, ni par thème) ouvre sur un monde incompréhensible (pour décrire Lautréamont utilise un lexique compliqué et scientifique un jargon qui va des "couches minérales extraites de la terre" dans le quatrième chant aux "extraordinaires formes qu'elle ne lui avaient imposée ce supplice" (chant 4) comparée à "des coups de barre de fer" sur son crâne (chant1). Il ne s'agit donc plus d'une victoire sur le réel mais aussi a une transcendance du monde et à un retour, à une vie primitive avec un langage désarticulé de par le jargon utilisé, où Lautréamont redevient un 'chaman littéraire' avec des visions, d'un "retour" vers la "seule vraie" poésie (poésie), qui œuvre par résonance au monde (ici c'est l'intertextualisation de la littérature qui remplace le chant) et par assimilation sans limite et perpétuelle (la morale et la raison sont dépassées; avec les passages du "pédérastes à l'anus undubiliforme" et les divers récits de visions de prostituées accompagnées de coqs et perpétuel grâce à une ménagerie entière d'hybrides) ; le texte devient donc des chants, un "univers à l'intérieur d'univers", infini, qui finit sur l'inauguration du lecteur à "aller voir" son monde miroir (fin du chant 6), réalisant donc le projet inachevé de Verlaine: celui de mettre en lien direct l'auteur avec le cosmos. 

Le nom même du héros, Maldoror, est sujet à interprétation. On peut notamment y voir les mots « en mal d'aurore », « mal », « horror », « dolor » (douleur en espagnol, langue parlée par Isidore Ducasse, né à Montevideo en Uruguay). Ces noms font référence à la profonde noirceur du personnage et son amour apparent du « mal ».

Influence
Les Chants de Maldoror était un ouvrage de référence pour Amedeo Modigliani, qui gardait un recueil en permanence auprès de lui. L'ouvrage a aussi exercé une influence fondamentale sur le surréalisme. Redécouverte d'abord par Philippe Soupault (en 1917), puis Louis Aragon et André Breton, l'œuvre de Lautréamont ne cessera d'être revendiquée comme livre précurseur du mouvement.

Texte:
http://www.maldoror.org/chants/index.html

Baudelaire. Biographie.

Charles Baudelaire
  

Charles Baudelaire

Poète (09/04/1821 - 31/08/1867)

Grand poète du XIXème siècle
, Charles Baudelaire est connu pour sa vie de bohème. Auteur torturé, il publia de son vivant une seule œuvre, les Fleurs du Mal. Ce recueil de poèmes fut condamné et censuré à sa sortie, car trop choquant pour la morale bourgeoise, avant de passer à la postérité. Baudelaire y met en lumière la dualité entre la violence et la volupté, le bien et le mal, la laideur et la beauté, l’enfer et le ciel.

Un refus de l’autorité


Né à Paris le 9 avril 1821, Charles Baudelaire n’a que six ans lorsque son père meurt. Sa mère se remarie un an plus tard avec le général Aupick. Il refuse cette union et sera toujours en opposition avec ce militaire aux valeurs et aspirations très différentes des siennes.
 
Il entre au lycée Louis le Grand à Paris. Baudelaire se fait remarquer par son caractère rebelle. Il commence à fréquenter le Quartier latin. En 1839, il est renvoyé de Louis le Grand mais obtient néanmoins son baccalauréat. Il choisit délibérément une vie de bohème.

Un dandy

Sa famille, qui n’apprécie guère la vie dissolue du jeune homme, le pousse à embarquer en 1841 à bord d’un paquebot pour les Indes. Bien qu’il n’ira pas au terme de son voyage, Baudelaire en retira un grand nombre d’impressions dont il s’inspirera dans ses œuvres (L'Albatros, Parfum exotique…).

Baudelaire retourne à Paris en 1842 et rencontre
Jeanne Duval qui devient sa maîtresse. Il dépense sans compter l’héritage qu’il a reçu de son père, ce qui incite sa famille à le placer sous tutelle judiciaire. Il est alors contraint de travailler pour subvenir à ses besoins et devient journaliste et critique d’art. Il se forme un goût de l’esthétique. Il commence à écrire certains poèmes des Fleurs du mal.

Ses débuts littéraires


En 1847, Baudelaire découvre l’écrivain américain Edgar Poe. Comme lui, il partage une certaine idée du goût du mal et une même conception de l'art. Il traduit de nombreuses œuvres de l’auteur pour le faire connaître aux Français : Contes extraordinaires (1854), Histoires extraordinaires (1856), Nouvelles Histoires extraordinaires (1857), Aventures d'Arthur Gordon Pym (1858).

C'est également en 1847 que Baudelaire tombe sous le charme de
Marie Daubrun. Celle-ci lui inspira plusieurs poèmes. Un peu plus tard, c’est Mme Sabatier qui occupe toutes ses pensées.

Une œuvre très controversée, son talent ignoré


En juillet 1857, Baudelaire publie son oeuvre majeure : Les Fleurs du Mal. Ce recueil de poèmes est condamné « pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Baudelaire et son éditeur doivent payer une lourde amende. Une nouvelle édition est produite 1861, d’où sont supprimées six poèmes conformément au jugement prononcé. Une demande de réhabilitation des Fleurs du Mal devant la cour de cassation aboutira le 30 mai 1949, et annulera la précédente condamnation.

Croulant sous les dettes, Baudelaire part en
Belgique pour y donner des conférences. Dans un premier temps plein d’espoir pour ce nouveau départ, il est vite déçu par cette expérience. Il séjournera en Belgique de 1864 à 1866, date à laquelle le poète commence à avoir de sérieux problèmes de santé (syphilis, perte de la parole…).

Il retourne à Paris en juillet 1866.
Il s’y éteint un an plus tard, à l’âge de quarante-six ans, des suites de la syphilis, de l’abus d'alcool et autres drogues.

En 1868 sont publiés à titre posthume le Spleen de Paris et les Curiosités esthétiques.

Baudelaire, qui a mené une vie en totale opposition avec les codes moraux de son époque, est l’image même du poète écorché vif. Non reconnu de son vivant, le poète  en tira une profonde tristesse. Il sera ensuite acclamé par ses successeurs : "le vrai Dieu" selon Rimbaud, "le premier surréaliste" pour Breton ou encore "le plus important des poètes" pour Valéry. Ses œuvres inaugurent la modernité en poésie.

lunes, 16 de julio de 2012

Le Père Goriot. L´enterrement. COMMENTAIRE

Introduction

Les enterrements ne seraient-ils qu'une mise en scène où chaque personnage s'efforce de tenir le rôle qui lui incombe, parfois avec hypocrisie ? Déjà La Fontaine, dans sa fable Le Curé et le Mort, ironisait :

Un mort s'en allait tristement
S'emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s'en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
 

Verlaine écrira par la suite un sonnet intitulé L'Enterrement où il fustige les héritiers resplendissants.
Dans le dénouement de son roman, Le Père Goriot, Balzac reprend cette vision réaliste et satirique de la société et de ses conventions. Mais l'inhumation du père Goriot, par ses circonstances, son déroulement, les rapprochements symboliques qu'elle suggère, clôt surtout l'éducation sentimentale et sociale de son jeune voisin de la pension Vauquer, Eugène de Rastignac.
 

1/ La volonté réaliste, satirique et symbolique
 

1.1. Balzac suit scrupuleusement le déroulement de l'enterrement ; il relate minutieusement
• la levée du corps,
• le convoi,
• l'office funèbre
• l'inhumation proprement dite.
Il use d'un vocabulaire réaliste, choisit les termes conventionnels comme "bière", "char", nous précise même les titres des psaumes lors de l'office religieux, le "Libera", le "De profundis", et ne nous épargne pas le bruit sourd des pelletées de terre" sur le bois du cercueil.
1.2. Mais dans cet extrait d'autres situations ou attitudes conventionnelles prennent une tonalité parodique et même odieuse, révèlant la misère et l'abandon dont le père Goriot est victime.
le rôle de Christophe
• personnage nécessaire représentant la réalité conventionnelle de tout enterrement
• l'éloge funèbre (sincérité ou stéréotype ?)
• sinistre parodie des condoléances révèlant l'absence de la famille
présence de l'argent => enterrement expédié (gradation)
• normale (?), professionnelle : fossoyeurs (convention du pourboire)
• professionnelle et anormale chez les "gens du clergé" (périphrase à commenter !)
• Balzac se livre même à quelques intrusions, commentaires généraux sur la situation du clergé.
1.3. Certaines précisions réalistes, mais aussi symboliques, accentuent encore l'atmosphère sordide de cet enterrement.
Le temps
• rapidité des actions => accélération du destin, oubli
• climat humide, sombre d'une fin de journée => tristesse, énervement


Les lieux
• l'atmosphère sombre et la proximité de la chapelle, dans ce quartier miséreux, sordide où le père Goriot a terminé sa triste destinée.
• le symbole des calèches armoriées et vides représentant le luxe, la position sociale des filles à travers les armoiries, mais aussi le vide de leur coeur, l'absence de toute humanité.
Transition : Face à ce monde indifférent, hypocrite, dominé par l'intérêt, décrit impitoyablement par Balzac, le jeune Rastignac subit sa dernière et cruelle initiation.

2/ La fin d'une initiation sentimentale et sociale
 

2.1. L'extrait révèle une très nette évolution psychologique.
Mutisme, solitude de Rastignac qui est fort différent des autres personnages présents, car il est plongé dans sa tristesse, mais aussi dans ses réflexions.
Gestes et attitudes symboliques de Rastignac
compassion, respect, piété
• Le passé, monde de la pureté, est enterré : l'image
• La vertu, le sentiment, sont enterrés : la larme
La dernière honte
• le pourboire, révélateur de la misère passée /présente MAIS détonateur pour l'AVENIR
2.2. Un choix définitif : réussir !
Transfiguration de la CAPITALE
• personnification et interprétation de "tortueusement"
• allégorie de la "ruche bourdonnant"
• choix révélateur des lieux : haute société, beaux quartiers
Position symbolique du conquérant, bras croisé, dominant, regard en plongée
Transition : Mais derrière cette description, ces transfigurations, => regard et jugement de Balzac
 

3/ Le romancier face à son personnage, à son oeuvre
 

3.1. Complexité psychologique de Rastignac : nouveau type de héros ?
Un regard à la fois tendre et ironique sur l'arriviste
• Vocabulaire religieux, parfois hyperbolique utilisé pour les attitudes et la douleur d'Eugène ==> regard à la fois tendre, protecteur et moqueur sur son personnage.
• Compromission d'un coeur pur qui semble choisir le Prétexte (?) de la vengeance pour se disculper.
Exagération et ironie : les dires et les faits
La force de l'arrivisme et les "mains sales"
Dernières paroles avant la plongé dans la fange.
Terme révélant le cynisme, le refus du sentiment.
• Le dîner un jour de deuil, l'appellation révélatrice de Mme de Nucingen au lieu de Delphine : femme du banquier, protectrice, sésame pour pénétrer dans la jungle de la finance.
• Contraste entre l'exagération des postures, la fausse grandeur des propos et l'acte accompli, le dîner chez les Nucingen. D'ailleurs dans les premières versions, Rastignac rentrait chez lui, dans sa garçonnière, rue d'Artois !
3.2. Une parabole : Mort, renaissance, retour des personnages
• Déchéance, Mort de Goriot => Education, Naissance de Rastignac
• Ce dénouement clôt tragiquement la vie du personnage Goriot, lance un personnage important de la Comédie Humaine, qui épousera la fille de Delphine, qui obtiendra son salaire, pour son poste d'amant attentionné, des mains de Nucingen, parvenant au rang de ministre en 1845 dans Les Comédiens sans le savoir.

Le Père Goriot: l'enterrement. Texte.

Le Père Goriot: l'enterrement

Le père Goriot est mort. Ses filles, qu'il a mariées richement, qu'il aime passionnément, Anastasie de Restaud et Delphine de Nucingen, prévenues de ce décès, refusent qu'on les dérange. L'étudiant Eugène de Rastignac, qui a veillé son voisin de pension Goriot dans son agonie, doit régler seul les frais de l'enterrement.

"Quand le corbillard vint, Eugène fit remonter la bière, la décloua, et plaça religieusement sur la poitrine du bonhomme une image qui se rapportait à un temps où Delphine et Anastasie étaient jeunes, vierges et pures, et ne raisonnaient pas, comme il l'avait dit dans ses cris d'agonisant. Rastignac et Christophe accompagnèrent seuls, avec deux croque-morts, le char qui menait le pauvre homme à Saint-Etienne-du-Mont, église peu distante de la rue Neuve-Sainte-Geneviève. Arrivé là, le corps fut présenté à une petite chapelle basse et sombre, autour de laquelle l'étudiant chercha vainement les deux filles du père Goriot ou leurs maris. Il fut seul avec Christophe, qui se croyait obligé de rendre les derniers devoirs à un homme qui lui avait fait gagner quelques bons pourboires. En attendant les deux prêtres, l'enfant de choeur et le bedeau, Rastignac serra la main de Christophe, sans pouvoir prononcer une parole.
- Oui, monsieur Eugène, dit Christophe, c'était un brave et honnête homme, qui n'a jamais dit une parole plus haut que l'autre, qui ne nuisait à personne et n'a jamais fait de mal.
Les deux prêtres, l'enfant de choeur et le bedeau vinrent et donnèrent tout ce qu'on peut avoir pour soixante-dix francs dans une époque où la religion n'est pas assez riche pour prier gratis. Les gens du clergé chantèrent un psaume, le Libera, le De profundis. Le service dura vingt minutes. Il n'y avait qu'une seule voiture de deuil pour un prêtre et un enfant de choeur, qui consentirent à recevoir avec eux Eugène et Christophe.
- Il n'y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite, afin de ne pas nous attarder, il est cinq heures et demie.
Cependant au moment où le corps fut placé dans le corbillard, deux voitures armoriées, mais vides, celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen, se présentèrent et suivirent le convoi jusqu'au Père-Lachaise. A six heures, le corps du père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour l'argent de l'étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien ; il fut forcé d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un coeur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les nuages, et le voyant ainsi, Christophe le quitta.
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : - A nous deux maintenant !
Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez Mme de Nucingen."